Panagiotis Grigoriou – Fil conducteur


Cet historien et anthropologue grec nous guide dans ce road-movie à travers la Grèce. Sur son blog, Greek Crisis Now il pratique une ethnographie de la crise grecque par une démarche de « terrain engagé ». Il se définit lui-même comme un « blogueur de guerre économique ».

Diplômé de l’université Paris X Nanterre, Panagiotis Grigoriou a étudié et travaillé en France jusqu’en 2008. Il porte un regard sur la Grèce qui se veut à la fois ethnographique et de l’intérieur. En 2010, avec la crise et les mesures d’austérité frappant les domaines de la culture et de la recherche, ses contrats s’interrompent.

Il continue de pratique l’ethnographie à travers son blog, ainsi qu’un essai intitulé « La Grèce Fantôme », paru en France le 23 octobre 2013 chez Fayard.

«Certes, la Grèce au lendemain des élections de juin 2012, n’est plus d’actualité journalistique, comme en mai ou en début juin, si ce n’est que l’univers quotidien s’assombrit de jour en jour dans toute sa géographie humaine, et dans toute sa géographie tout court.

Les partisans de SYRIZA (Gauche Radicale, devenue le principal parti anti-mémorandum, arrivé en deuxième position) se sont certes dit satisfaits des résultats «encourageants», néanmoins, on peut considérer que le «moment opportun», cette ouverture du temps historique entre mai 2011 («Indignés») et juin 2012 est clos, et le prochain épisode de l’histoire immédiate se fait attendre… dans un « partage accru»… de tous ces moments « sociologiquement assez étroits», entre habitants de la petite Hellade, et cela peut devenir pénible à la longue !

Le film « KHAOS », propose une vision de la crise, issue justement de ce « moment opportun » débouchant à sa troisième temporalité, « inaugurée » en juin 2012 (sa première temporalité c’est la période allant de mai 2010 lors de la signature du premier Mémorandum à mai 2011).»

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Biographie

Historien et ethnologue, je porte plutôt un regard qui se veut a la fois ethnographique et de l’intérieur, compte tenu de ma formation, de mon parcours analogue de correspondant en France pour la publication grecque NemecisMag (2000-2008), et in fine de ma décision de retourner en Grèce, après plusieurs années de séjour en France. Depuis 2008, j’ai parcouru une bonne partie de la Grèce continentale, je me suis rendu sur plus d’une trentaine d’iles en mer Égée et Ionienne y compris Chypre, j’ai rencontré le quotidien de plusieurs milieux sociaux et culturels, touché les fractures qui se multiplient tant au niveaux des syllogismes collectifs, qu’à celui des relations interpersonnelles dans un contexte où la culture de la proximité traverse également un temps de mutations.

Ma démarche se situe également aux confins de l’identité et de la différence, qui plus est, dans un contexte mondialisant d’interconnexions économiques culturelles et des frictions y afférent à travers lesquelles la «faillite» économique grecque ne semble point constituer un cas tout a fait à part. C’est ainsi que le quotidien, les stéréotypes, l’imaginaire, les petits gestes, les significations des échanges, mots, regards, sentiments et bien les relations interpersonnelles de tout un pays et ses «petites histoires», se transforment à une vitesse qui rappelle aux historiens les chocs des entrées en guerre ou celles inaugurés par une brusque période d’occupation. Ce dernier terme [occupation], est justement de plus en plus utilisé ici pour décrire la situation du pays depuis le printemps dernier, c’est également sur ce terme et son contexte que Mikis Theodorakis s’est appuyé, pour fonder à la fois son analyse et son nouveau mouvement politique «de Résistance contre la nouvelle dictature» le 1er Décembre 2010. Il y a en tout cas un avant et un après, la mise de la Grèce sous tutelle de l’UE, du FMI et de la BCE. Ces transformations sous forme de «thérapie de choc» engendrent une nouvelle situation dans un contexte d’accélération des «temps nouveaux», accélération à la fois redoutée et pourtant acquise – dans les faits et dans tous les esprits – pour les prochains mois de 2011 et bien au-delà.

La portée des événements grecs sur les affaires planétaires semblerait minime, et pourtant tout le monde (ici et ailleurs) ressent une nouvelle situation potentiellement imprévisible et gravement inconnue. Saisir ces moments, ces instants, les faits et gestes du quotidien, apporter le minimum nécessaire de profondeur historique de sociabilité changeante, des attitudes et des représentations collectives de soi et des autres, et pouvoir ensuite émettre ces tranches de vie quotidienne depuis Athènes, depuis les iles et les contrées grecques, et vers l’altérité attentive du monde francophone, voilà en somme ma démarche.

Son blog sur la crise grecque : http://www.greekcrisis.fr/
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